— L’Œuf, centre d’études

L’Œuf, centre d’études est un atelier de création fondée en 1962 à Paris. Ce collectif d’artistes, de décorateurs et d’architectes est multidisciplinaire : il s’intéresse au design, à l’architecture, au mobilier urbain et à la sculpture, mais aussi et surtout à la mosaïque. L’Œuf, centre d’études œuvrera pendant près de trente ans dans toute la France, Paris étant son principal lieu d’investigation.  Animé par le couple Arlette Granval et Jean Piantanida, L’Œuf, centre d’études réunit notamment Pierre Puccinelli, Jacques Bertoux, et Charles Gianferrari, artiste ayant réalisé une mosaïque pour la Faculté de Médecine et de Pharmacie à La Tronche. Le collectif a choisi de faire de l’œuf son symbole en raison de sa perfection géométrique, de son apparente fragilité et de sa grande résistance.

L’Œuf, centre d’études est principalement connu pour ses mosaïques monumentales murales. En trois décennies, le collectif a conçu quelques 270 mosaïques tantôt intérieures, tantôt extérieures, et a largement renouvelé la technique et l’esthétique de la mosaïque contemporaine.

En effet, si le collectif utilisa des matériaux traditionnels comme les verres et pâtes de verres, ainsi que des terres cuites pour certaines émaillées (leur donnant un aspect brillant), il s’empara de matériaux moins courants dans l’histoire de la mosaïque : pierres dures, galets, marbres, calcaires, ardoises, bois (que l’on trouve dans quelques mosaïques antiques et médiévales en Espagne). Enfin, L’Œuf, centre d’études innova en usant de métaux (acier inoxydable, nickel, chrome, aluminium) et d’opaline blanche ou noire (l’opaline est un verre dans lequel est ajouté des oxydes divers, créant ainsi un verre coloré et irisé, d’une translucidité laiteuse).

L’atelier affine la nouvelle esthétique de la mosaïque contemporaine en imaginant des motifs s’inscrivant dans le courant de l’abstraction géométrique. Au fil des années, les compositions sont d’une géométrie de plus en plus subtile et complexe. Une grande attention est portée aux matériaux utilisés, à leur couleur et leur texture, à leur combinaison et au système de composition où les motifs abstraits sont régis par les matériaux et où les matériaux sont utilisés en fonction des motifs à faire apparaître. A noter également que L’Œuf, centre d’études a fait une utilisation assez novatrice des joints, les utilisant régulièrement comme un élément de composition à part entière et non plus comme un moyen technique de scellement qui doit être invisible. Les créations de L’Œuf sont composées de formes larges et de réseaux de lignes donnant une fausse impression de symétrie ; en effet, les mosaïques sont très souvent décentrées par rapport à l’axe vertical ou horizontal, les rendant subtilement asymétriques.

A noter que L’Œuf, centre d’études est l’auteur des mosaïques aux pieds des Trois Tours de l’Ile Verte à Grenoble.

 

 

— En savoir plus

GAILLARD Marc, La Mosaïque contemporaine : l’Œuf, centre d’études, années 1960-1990, Paris, Massin Editeur, 2007

Sans titre, L’Œuf, centre d’études, 1973

 

Marbre, pâtes de verre, pâtes de verre émaillées – Bibliothèque de l’IUT 1, Université Grenoble Alpes – 51 rue de la Papeterie, 38610 Gières.

 

La bibliothèque de l’IUT 1 au campus de Saint-Martin-d’Hères/Gières est décorée par une mosaïque contemporaine monumentale. Signée de L’Œuf, centre d’études et datant de 1973, elle s’organise autour d’un carré central à partir duquel des carrés puis des rectangles aux angles arrondis se développent et se propagent sur toute la surface du mur. Tout la finesse de la composition repose sur l’agencement, les couleurs et les textures des tesselles, autrement dit les petits morceaux de marbres et de pâtes de verre qui, scellés ensemble, forment la mosaïque.

Le carré central de la mosaïque a un traitement spécifique : à l’extrême centre du carré est posée une tesselle de grande taille à l’aspect translucide et brillant, autour de laquelle s’alternent des tesselles du même matériau et posées à plat, et des tesselles plus opaques posées sur tranche.

La figure de base – le carré central – est ensuite dupliquée et déclinée sur toute la surface du mur : plus on s’éloigne du centre, plus la figure du carré est étirée en rectangles de tailles diverses. Toute la mosaïque est composée avec des tesselles à plat (voir les ronds bleu « B » dans le schéma ci-dessous), hormis six figures proches du carré central (voir les ronds blancs « A » dans le schéma ci-dessous) qui sont composées de tesselles à plat et de tesselles sur tranche positionnées soit dans leur longueur soit dans leur largeur. Un contraste est ainsi créé entre ces six figures et le carré central, et tout le reste de la mosaïque. De part ce traitement spécifique, le centre de la mosaïque ressort davantage.

De manière générale, les rangées de tesselles suivent la forme des contours blancs, excepté pour les deux bandes aux extrémités gauches et droites, où les tesselles jaune vif sont disposées en bandes horizontales.

Une grande attention a également été portée sur le relief. En effet, le carré central et les quatre niveaux adjacents sont en relief par rapport au reste du mur, le carré central étant le plus en exergue, puis l’épaisseur diminuant de niveau en niveau.

« L’impression volumétrique – le relief de la mosaïque qui doit se détacher de la surface du mur, faire oublier ce mur, le sublimer – est obtenue à la fois par le choix graphique général des motifs, par les couleurs dominantes, par les matériaux, les joints, et par le relief – faible mais réel – que donne la mosaïque une fois terminée. Dans certains cas, le mur lui-même peut présenter un relief plus ou moins prononcé. »

Marc Gaillard – 2007

La mosaïque oppose les matières entre elles. Les tesselles blanches en marbre, ont un aspect très dense, tantôt mat, tantôt légèrement pailleté en fonction de la lumière, et elles contrastent avec l’aspect brillant voire scintillant des tesselles jaunes et orangées. Les rangées blanches permettent de délimiter les formes géométriques, et donnent de l’ampleur à la composition. Sans contraster trop crûment avec les remplissages jaunes-orangés, ces zones blanches et mat permettent de faire respirer la composition, souligne la structuration et l’organisation générale de la composition, liant et séparant tout à la fois les différents plans de la mosaïque. A noter également que les différents niveaux de composition sont soulignés par le coloris utilisé : on a une alternance entre des jaunes orangés, des oranges ocres, des jaunes profonds, des jaune-verts et des jaunes vifs.

Malgré l’impression que l’on peut avoir en regardant la mosaïque dans son ensemble, la composition est asymétrique. En effet, les formes géométriques sont beaucoup plus amples et grandes sur la moitié gauche que sur la moitié droite où les surfaces jaune-orangées sont de tailles plus modestes. De plus, la composition est décentrée : le carré « central » est en réalité un peu à droite de l’axe central de la mosaïque. Mais comme toute la composition s’organise à partir de cette figure principale, le spectateur a une impression de point central – qui de fait, est fausse. Enfin, la composition est également asymétrique selon l’axe horizontal, puisqu’on ne retrouve pas le même agencement des figures géométriques sur les parties supérieures et inférieures de la mosaïque.